Votre service postal public livre la marchandise
Campagne contre les fermetures, la privatisation
et la déréglementation à Postes Canada
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Affiché : Le 23 février 2007  -  09:00

Conséquences de la déréglementation de la poste sur les travailleuses et travailleurs et réaction d’un syndicat des postes

Campagne Votre service postal public livre la marchandise / Mémoires et présentations

Document préparé pour la 14e conférence sur l’économie de la poste et de la livraison qui s’est déroulée à Berne, en Suisse, du 31 mai au 3 juin 2006.

Par Geoff Bickerton*

Remerciements

L’auteur remercie Katherine Steinhoff, Deborah Bourque et Dani Nadeau pour leur analyse perspicace, leurs commentaires utiles, leurs conseils de rédaction et leur solidarité.

Introduction

            « [traduction] Les discussions politiques et théoriques tenues jusqu’à maintenant sur les répercussions de la libéralisation ou de la privatisation des services publics ont surtout porté sur la qualité et l’accessibilité des services offerts aux divers groupes de citoyens et citoyennes. On a très peu prêté attention aux répercussions sur l’emploi ».*

Les débats publics entourant la déréglementation de la poste portent habituellement sur les conséquences que l’ouverture des marchés à la concurrence pourrait avoir sur l’efficacité, les tarifs et la qualité des services offerts aux entreprises et aux particuliers. Il est rare qu’on se préoccupe des millions de travailleurs et travailleuses qui, tous les jours partout dans le monde, traitent et livrent le courrier. Face à la libéralisation accrue des marchés, en Europe et ailleurs, les syndicats des postes élaborent leurs politiques et se joignent au débat public. Pour les travailleuses et travailleurs des postes et les syndicats qui les représentent, les enjeux sont considérables et l’avenir est incertain.

La déréglementation de la poste représente un défi de taille pour les syndicats du secteur postal. Bon nombre d’entre eux ont vu le jour à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle. Contrairement à leurs homologues du secteur privé, les syndicats des postes étaient dans une large mesure à l’abri des conséquences des fluctuations économiques. Ils n’avaient pas à se soucier de syndiquer d’autres travailleurs et travailleuses. La croissance des administrations postales, l’expansion des services postaux et les volumes accrus de courrier leur assurait un nombre toujours plus grand de membres.

Cette croissance de l’effectif syndical ne s’est toutefois pas traduite par de meilleurs salaires et conditions de travail. Bien qu’ils représentaient principalement des cols bleus, les syndicats des postes étaient souvent entravés dans leurs actions par des lois du travail restrictives et des politiques gouvernementales de gestion du personnel conçues pour répondre aux besoins des fonctionnaires plutôt qu’à ceux des travailleuses et travailleurs industriels. De même, les administrations postales étaient souvent aux prises avec une insuffisance de fonds et des tarifs postaux maintenus à de bas niveaux pour satisfaire les intérêts politiques des gouvernements.

La stabilité relative des relations du travail dans le secteur postal a pris fin au cours des années 1960 et 1970. L’augmentation des volumes de courrier, la baisse du salaire réel et l’introduction de nouvelles méthodes de travail et de technologies nouvelles ont toutes contribué à l’éclatement de conflits de travail dans de nombreux pays, y compris les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Canada. La période chaotique des grèves et des conflits du travail a transformé les syndicats tant sur les plans organisationnel qu’idéologique. Toutefois, la situation ne les a pas incités à recruter des travailleurs et travailleuses auprès d’autres employeurs. Pour la plupart des syndicats des postes, le service postal demeurait une industrie distincte. Le monopole législatif sur les lettres, jumelé à l’obligation d’assurer un service universel, leur assurait une protection et favorisait leur croissance, et ce, même en période de productivité accrue. Au lieu de syndiquer les travailleuses et travailleurs des entreprises de livraison des colis en pleine expansion et de l’industrie émergente des communications, la plupart des syndicats des postes se sont contentés de demeurer des « syndicats de service » répondant aux besoins directs de leurs membres actuels, les travailleuses et travailleurs des postes. En l’absence d’une concurrence directe pour leur produit le plus important, la poste-lettres, la plupart des syndicats des postes n’ont pas consacré de ressources importantes à la syndicalisation de nouveaux membres. Ce sont donc les syndicats du secteur des transports qui ont entrepris la tâche de syndiquer les travailleuses et travailleurs de l’industrie des messageries. De leur côté, les travailleuses et travailleurs de haute technologie du nouveau secteur des communications électroniques demeurent non syndiqués.

Les syndicats des postes ont continué d’exercer un pouvoir de négociation considérable. Leur capacité de paralyser un service national important sur le plan économique, ou même de menacer de le faire, leur a permis de négocier des salaires et des avantages sociaux décents qui, jusque-là, leur avaient échappé. Lorsque les conflits n’étaient pas réglés au moyen de négociations, les décisions arbitrales avaient tendance à leur accorder des conditions de rémunération au moins comparables à celles du secteur privé.

À l’époque où nous vivons, la déréglementation de la poste risque de renverser l’ordre établi. La concurrence dans le marché de la poste-lettres constitue une menace directe au pouvoir de négociation des syndicats des postes. Devant la perspective d’une réduction importante du taux de syndicalisation dans leur secteur, les syndicats des postes doivent procéder à des changements institutionnels et culturels énormes pour se transformer en « syndicats de syndicalisation » capables d’affronter les employeurs du secteur privé qui déjà oeuvrent dans les segments ouverts à la concurrence. Pour maintenir leur degré de syndicalisation et leur pouvoir de négociation et être en mesure de représenter efficacement les intérêts de leurs membres, les syndicats doivent élaborer de nouvelles stratégies et mettre en place de nouvelles structures organisationnelles.

La déréglementation de la poste, jumelée à la privatisation de plusieurs grandes administrations postales, a permis d’ouvrir le débat sur la pertinence de l’obligation d’assurer un service universel à l’ère des communications électroniques et de la concurrence accrue.

Pour les syndicats, la déréglementation pose des défis d’ordre politique et organisationnel. En Europe, où l’Union européenne (UE) favorise une réorientation vers la déréglementation, les syndicats sont tenus de collaborer entre eux comme jamais auparavant. En Amérique du Nord, où la réorientation vers la déréglementation n’a pas autant progressé, les syndicats ont la possibilité de préparer leurs interventions en vue de l’inévitable débat de politique publique. 

La plupart des syndicats des postes s’opposent à la déréglementation des services postaux parce qu’ils croient qu’elle aura des répercussions nuisibles sur les travailleurs et travailleuses, la population et le service postal. Pour bon nombre de syndicats, la déréglementation laisse planer la menace de pertes d’emplois massives, jumelées à une réduction du pouvoir de négociation et à une baisse correspondante des revenus, des avantages sociaux et des conditions de travail de leurs membres. Les syndicats estiment aussi que la concurrence entraînera inévitablement des compressions dans les services postaux et minera la capacité des administrations postales à satisfaire à leur obligation d’assurer un service universel.

Ces préoccupations sont-elles justifiées? Les répercussions nuisibles de la déréglementation surpassent-elles les avantages commerciaux pour les investisseurs et les grands utilisateurs postaux?

Le présent document décrit les mesures politiques et organisationnelles établies par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) pour contrer la menace éventuelle de déréglementation de la Société canadienne des postes.

Il se penche sur les questions suivantes :

  1. Que disent les experts au sujet du rôle du « privilège exclusif » au Canada et des conséquences probables de la déréglementation?
  2. Quelles leçons pouvons-nous tirer de ce qui se passe ailleurs en matière de libéralisation de la poste?
  3. Quelle serait l’incidence de la déréglementation de la poste au Canada sur les travailleurs et travailleuses, le service postal, la clientèle et la population?
  4. Comment le syndicat devrait-il réagir à la perspective de la déréglementation?

Étude de l’Union Européenne, janvier 2005, Liberalisation and privatisation of public services and the impact on employment European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions.

 

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Documents connexes

Rejet de la déréglementation postale dans le cadre de l’Examen stratégique de la Société canadienne des postes (Septembre 2009)

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